Que de bonté, que de
bonté...
Que voulez-vous, je ne puis résister
à vos yeux suppliants...
Que voulez-vous, Ismaliath est un
Maître-Plumier, Samouraï parfois et toujours adorable
bibliothécaire immortel qui, non
seulement se sert à merveille de plumes et de
velin, mais qui a eu le courage, le bon sens et surtout la
bonté sans
précédent de me confier ce texte,
relatant les z'aventures de jeunes mortels.
Il aurait pu en
rester là, au stade de créations personnelles
jalousement gardées, mais non, il a eu la gentillesse
de nous faire partager un peu de sa tête, un peu de ses
créations, et en celà je m'incline bien bas. (
enfin, pas trop
quand même ! )
Si vous ne savez guère de quoi je
veux parler, de quoi il a parlé, rendez-vous
immédiatement ici afin que vos yeux
s'habituent aux Ténèbres des
Enfers...
Si vous
savez parfaitement que signifie cette entrée en
matière... Posez avec délicatesse je vous prie, vos
pupilles avides sur ces Origines...
***
La nuit étendait son
voile sur une forêt de France. Un homme, de haute stature,
ses cheveux noirs lui coulant sur les épaules se faufilait
sans bruit parmi les hautes herbes, à l’affût.
Il se nommait Kut. Son travail, en cette année 1329,
était chasseur de loups. Une épée
rouillée à la main, vêtu de loques, il comptait
sur la nuit pour débusquer un de ces fauves. La pluie se mit
brusquement à tomber, et Kut se maudit de ne pas avoir prit
en compte le temps qu’il ferait. Il aurait pourtant pu le
deviner, grâce aux nuages noirs qui s’étaient
amoncelés pendant la journée. Mais, tiraillé
par la faim, il n’y avait pas fait
attention.
Soudain, un hurlement
s’éleva, comme une plainte lugubre d’un
mourant. Pas de doute, il allait tomber sur un
loup ! Sa fourrure lui permettrait de gagner quelques
pièces. Il resserra sa prise sur le manche de son arme et
s’approcha discrètement d’une clairière.
Là, une scène d’une incroyable douceur et
d’une fantastique sauvagerie s’offrit à
lui : un loup hurlait à la mort, assis sur un rocher,
la gueule dressée vers les étoiles. Son pelage
gris-blanc brillait sous la pleine lune, entouré de la pluie
et de bruits des branches ployant sous le poids des gouttes
d’eau. Kut s’accorda un instant de répit
à regarder ce spectacle inouï et s’avança
lentement, comme hypnotisé. Tout à coup, sa faim lui
déchira à nouveau les entrailles et arracha Kut
à sa rêverie. Trop tard : le loup l’avait
repéré. Dans un rugissement, il plongea du haut du
rocher et se précipita sur Kut, foulant les herbes de ses
énormes pattes griffues. En un instant, il fut sur le
chasseur qui s’écroula, emporté par
l’élan de l’animal. La gueule baveuse garnie de
crocs immenses claqua à quelques millimètres de son
visage. Kut repoussa le loup d’un coup de poing, ce qui lui
laissa le temps de se relever. Il saisit son épée
tombée dans l’herbe et frappa le monstre qui revenait
à la charge, traçant un sillon sanglant sur la
fourrure. La bête rugit de rage et de douleur et se jeta sur
le chasseur. Soudain, une flèche lui transperça le
poitrail et le prédateur s’écroula,
après un râle d’agonie.
Hébété, Kut chercha dans les
ténèbres son sauveur et repéra bientôt
un craquement de branche malgré le bruit de la
pluie.
-
Montrez-vous ! hurla-t-il, ses cheveux plaqués sur son
front.
Un homme sortit de
l’ombre, un archer. Il était habillé
d’une armure de cuir et sa bouche était cousue. Le
chasseur écarquilla les yeux de surprise. Derrière
l’archer, un destrier noir quitta le couvert des arbres,
monté par un homme en tunique pourpre et en cape
bordeaux.
-
Qui êtes-vous ? lança Kut, effrayé par les
deux hommes.
L’inconnu à cheval
rejeta son capuchon en arrière et libéra une
chevelure d’un noir de jais et des yeux rouge braise
apparurent. Le seigneur du comté ! Abigor ! Le
noble déclara d’une voix glaciale :
-
Je t’ai sauvé la vie, manant. En échange, je
récupère ce loup.
Il fit signe à son archer
de prendre le loup qui le chargea sur ses épaules. Kut
aurait voulu dire que c’était son seul moyen de
survivre que de vendre la peau d la bête, mais il parlait
avec un seigneur, et on ne discutait pas leurs ordres. Il
regrettait presque que le loup ne l’eût pas tué.
Il regarda sans réagir Abigor et son archer
disparaître avec la bête, emportant ses espoirs. Il ne
lui restait plus qu’une solution : s’engager dans
l’armée.
Kut tritura le col de son
pourpoint de cuir. Il faisait chaud aujourd’hui et on les
conduisait à marche forcée vers Reims, tenue par les
Anglais. L’homme observe ses compagnons d’infortune,
des crève-la-faim comme lui pour la plupart. Parfois, un
cavalier bardé de fer passe entre les rangs au galop et la
journée s’étiole ainsi, monotone et
dure.
Le lendemain, ils atteignirent
Reims. Les généraux les firent tout de suite mettre
en ordre de bataille – fantassins, archers, cavaliers, armes
de siège – et se préparèrent
minutieusement à l’assaut. Les Anglais, bien
sûr, les virent arriver et firent donner les archers. Avant
même qu’ils soient prêts à combattre, une
pluie de flèches s’abattit sur les Français.
Kut en réchappa de peu mais trois ou quatre de ses
compagnons les plus proches de lui se firent transpercer
violemment. Le commandant, fou de rage, ordonna un mouvement de
troupe général.
Tandis que des fantassins
armés d’un bélier tentaient de défoncer
la grande porte de la ville, d’autres soldats – dont
Kut – avançaient lentement, cachés dans des
tours de sièges. L’homme resserra nerveusement sa
prise sur son épée et essuya la sueur qui lui perlait
sur le front. Dans quelques minutes, il serait plongé au
cœur de la bataille, lui, pauvre fermier qui n’avait
jamais tué personne. Il regarda à travers un trou
dans les planches de la tour : les Anglais déversaient
des marmites de poix brûlante sur les fantassins qui
s’employaient avec le bélier. Il frissonna.
Soudain, un grand tremblement
ébranla l’arme de siège et la gigantesque
passerelle s’ouvrit, faisant éclater les remparts de
pierre. La lumière entra à flots dans la tour et Kut
ferma les yeux. Mais l’ennemi leur envoya une volée de
flèches. L’homme entendit plusieurs sifflements et un
corps lui tomba sur l’épaule dans un râle. Kut
hurla de terreur et ouvrit les paupières. Quelques corps
gisaient sur le sol, criblés de flèches,
d’autres se mettaient à courir sur la passerelle en
beuglant et chutaient aussitôt dans le vide, surpris par
l’instabilité de l’édifice.
Kut s’aventura prudemment
derrière un soldat armé d’un bouclier. La
passerelle grinçait et, au moindre mouvement brusque, elle
ployait. Néanmoins, certains réussirent à
atteindre les remparts et la mêlée débuta. Le
soldat soupira de soulagement lorsqu’il toucha les murs de
pierre et tenta de passer inaperçu au milieu des
combattants, accroupi. Malheureusement, un adversaire s’avisa
de lui et le chargea en hurlant, l’épée brandie
au-dessus de sa tête. Kut eût tout juste le temps de
lever la sienne que l’Anglais le frappait. Les deux lames se
rencontrèrent et tremblèrent lourdement dans les
mains de leurs propriétaires. Kut se ressaisit avant son
ennemi et lui envoya son pied dans le genou qui se brisa net dans
un craquement lugubre. Prenant confiance, d’un bond, le
Français se releva et, de toutes ses forces, projeta sa lame
dans la mâchoire de son ennemi qui hurlait de douleur. Le
choc lui arracha la tête et l’Anglais partit quelques
mètres en arrière en vol plané.
C’était le chaos
total. Partout, des gens hurlaient, des lames
s’entrechoquaient et du sang giclait. Kut resta sonné
un moment, indifférent à ce qui l’entourait, le
bras tenant une épée à la lame souillée
le long de son corps.
Tout à coup, la porte
vola en éclats et ébranla les remparts. Kut perdit
l’équilibre et bascula dans le vide. Il atterrit dans
un tas de fumier dans un bruit de succion et s’en
dégagea en gémissant de dégoût et de
consternation. Un cheval le frôla mais aussitôt, un
énorme « bong » retentit et le
cavalier en armure s’écrasa près de lui dans la
boue. Kut l’aida à se remettre debout, remarquant au
passage son plastron cabossée par le choc. Le chevalier
remonta la visière de son casque et
articula :
-Toi !
Le cavalier
n’était autre qu’Abigor !
-
Seigneur Abigor ! souffla Kut.
-
Oui, c’est moi. Et toi ? Qui es-tu ?
-
Je me nomme Kut, seigneur.
-
Eh bien Kut, il semblerait que nous soyons dans la même
galère. Aides-moi à enlever ce plastron et au
combat !
Le soldat dégrafa
l’armure d’Abigor qui respira un bon coup et empoigna
sa flamberge dégoulinante de sang.
-
En avant !
Il se précipita sur un
Anglais à qui il déchira les entrailles puis, dans un
hurlement d’effort, décapita un second adversaire,
sans se soucier d’où il allait. Kut le suivait en
trottinant, évitant soigneusement les cadavres
étalés sur son chemin. Mais bientôt, ils se
retrouvèrent encerclés par des soldats en uniformes
rouges. Les deux Français se mirent dos à dos et
Abigor ricana, cynique :
-
Je crois que c’est la fin, chasseur.
Kut déglutit
difficilement mais garda son épée au creux de sa main
gauche. Les Anglais les attaquèrent alors. Noyés sous
le nombre, ils se démenaient pourtant comme des lions,
frappant au hasard et beuglant des cris de guerres. Plusieurs
ennemis tombèrent sous leurs coups, mais Kut entendit un
long cri et entre-aperçut Abigor s’écrouler,
l’écume aux lèvres, le visage barbouillé
de sang, une épée plantée entre les
côtes. Ce moment d’inattention lui fit baisser sa
garder et un coup précis sous le menton lui fit
émettre un gargouillis. Il lâcha son
épée qui tomba dans la boue puis porta la main
à sa gorge tranchée. Du sang coula et il suffoqua.
Dans un dernier mouvement, il rejeta la tête en
arrière pour crier, mais aucun son ne sortit d’entre
ses lèvres. Il succomba et s’affaissa, les yeux
révulsés."
***
Cher Ismy, un très bô
texte, comme vous commencez à nous habituer
désormais...
Je ne cesserais jamais de vous répéter que
je suis enchantée de faire votre connaissance. ( Et cela est
dit tout en le pensant vraiment !!! dingue...)
Et vous savoir si enclin à danser sur la table me
met en joie davantage encore !
Quoi qu'il en soit, mes respects les plus sincères
pour vos écrits
...
image : The Rage of the Barbarian par
REIQ\'s
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