Delicats papyrus

Si par une nuit d'hiver un voyageur  (Delicats papyrus) posté le dimanche 16 décembre 2007 22:56

Permet-moa de te parler d'un roman, Ô Hôte Littéraire. En plus, tu pourras applaudir, parce qu'il ne s'agit ni d'une trilogie, et encore moins d'un roman de SF ou de Fantasy alors t'a qu'à voir.

 

Je veux parler de

  

Si par une nuit d'hiver un voyageur

     

d'Italo Calvino,

 

un ovni avec des mots, un livre étrange, inclassable, tellement bizarre qu'il en est devenu attirant, c'est dire !

Tu connais peut-être, dans ce cas, c'est formidable ! Tu vas pouvoir nous en parler, toi aussi.

   

En fait, il commence par t'interpeller, Toa, Lecteur ! Et là, tu te dis, chouette, l'auteur me parle, et il reflexionne en même temps sur mon bien-être, sur la lecture et sur l'écriture. Bizarre, mais plaisant. Puis l'intrigue commence. Et comme chaque incipit réussi, il capte ton attention, et toi, tu meures d'envie de connaitre la suite ! Et là, paf ! C'est le drame !

Sans révéler l'intrigue, sache que tu seras perdu, peut-être même frustré. Et tout ça pourquoi ? Parce qu'en parallèle à cette histoire suspendue, tu découvriras que le narrateur ne s'adressait pas vraiment à Toa, mais au Lecteur, Lecteur qui commençât en même temps que toa le roman Si par une nuit d'hiver un voyageur, mais qui, de par un problème technique, dû se rendre à la librairie faire sa propre enquête sur le livre, et il ne sera pô à la fin des surprises !

Toa aussi, tu fais ton enquête, pour découvrir s'il existe un lien entre tous ces débuts d'histoires aussi passionnantes qu'hétéroclites qui avortent au moment-même où ton attention atteint son apogée, s'il existe une vérité au sujet du Lecteur et tout...

 

Mais quelle est la vérité au juste ? Pourquoi écrit-on ? Qu'écrit-on d'abord ?

 Qu'est-ce que le roman ? Et cette histoire ? Et ce roman ?

  

Ca fait beaucoup de questions hein ?

Enquête policière, intrigue rocambolesque, prémice de thriller qui te stresse, histoire d'amour, femme fatale, meurtre et intrigue intriguante, reflexion sur l'écriture-même et sur la non-lecture, c'est tout ça, le roman d'Italo Calvino...

   

Déroutant.

Mais captivant.

 

Ma réaction devant un tel objet non identifié fut la même que devant du David Lynch : incapable de dire si j'ai aimé ou pas. Certaines scènes sont excellentes, et même que je m'a dis : "ouah ! C'est trop cool !" Mais au final...  scrunch scrunch sur le haut de ton crâne... La perplexité l'emporte, mais non la déception !

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Les Souffrances du Jeune Werther  (Delicats papyrus) posté le lundi 29 octobre 2007 17:58

Moon ~ Caspar David Friedrich

 

   Un roman qui n'a rien d'exceptionnel en soi, à mon avis, mais dont l'interprêtation et l'analyse donne une profondeur certaine à cette oeuvre de Goethe. ( ehhh voui, je sais ce que tu te dis, Ô Hôte Littéraire : un allemand !!! Elle parle d'un allemand ?! )

   Eh oui !

 

   En voilà, de la Littérature Romantique par excellence.

  C'est l'histoire tragique de Werther, donc, jeune homme qui tomba amoureux de la belle et vertueuse Charlotte. Jusque là, tout va bien. Mais c'est après, que rien ne va plus ! Parce que la damoiselle est en fait promise à Albert, un ot' jeune homme qui a tout pour lui. Un homme d'honneur, qui force le respect, tant la noblesse fleuri en lui. Comment le détester dans de telles conditions ? Ben on peut pô. Et Werther ira même jusqu'à se lier d'amitié avec lui... Tout en ayant des pensées pas très très catholiques envers la future mariée. Rôôôôh ! Parce que la passion qui l'enserra de ses griffes d'acier ne lâchera jamais son étreinte. Jamais... Alors, pour se délivrer de cette souffrance engendrée par une passion amoureuse impossible, le jeune homme ne verra pas d'autre solution que la mort...

 

Cela, nous le savons dès le début. Et pourtant, on espère jusqu'à la fin...

Etrange n'est-il pas ?

  

 

    Werther est donc un bel exemple de héros romantique.

   Il aime passionnément. Tellement passionnement qu'elle va le bouffer, cette passion, l'entraîner vers sa chute. Mais il ne fait pas qu'aimer Charlotte, non, il met tant d'ardeur dans ses idées qu'on le classe directement dans la catégorie de l'homme exalté.

  

Le Songe d'Ossian ~ Gérard

  

Exemple : à un moment, il met tant de passion à défendre le suicide qu'il m'en a émue. Lors d'une discution avec Albert, et cela machinalement, Werther va faire mine de se faire sauter la cervelle. Albert, épouvanté, lui dit de cesser immédiatement, qu'il ne comprend pas les hommes qui se suicident, qu'il faut être lâche pour un acte pareil ! C'est alors que Werther s'enflamme, et lui répond qu'au contraire, il faut bien plus de courage pour franchir le pas de la mort que de passer son existence passif, à regarder passer sa vie sans y prendre goût...

Scène prémonitoire ? Assurément.

 

C'est donc cette mort toujours planante comme l'épée de Damoclès qui donne de la force à ce roman.

La mort, intimement liée à une histoire d'amour impossible...

La mort comme délivrance d'une souffrance insurmontable...

La mort comme affirmation de soi...

 

Car Werther n'a pas sa place dans la société. Le monde, il n'en a cure ; les gens et leur cupidité, leurs principes à deux balles le répugnent.

Seule la Nature trouve de grâce à ses yeux... ( la Nature et Charlotte )

Seule la Nature le comprend.

On y voit des correspondances entre eux... Lorsqu'il souffre, elle s'affole, orage et tremblements ; lorsqu'il est heureux, nous voilà projetté dans un univers bucolique... Si c'est pas poétique !!!

 

D'ailleurs, même si ce sont des hommes, vivant dans le monde des hommes, et même si parfois on peut s'y retrouver, dans ce monde, il reste évanescent, onirique.

Un paysage de désolation, brumeux, où le vent souffle dans la lande... Voyons le vent comme la voix de la terre, inspiration uniquement entendue par l'Artiste, l'Artiste incomprit et isolé, celui qui sait voir au delà du visible...

Paysage fantomatique, comme un lien entre le monde heureux du couple Charlotte et Albert, et l'infini aspiré par Werther...

 

Paysage au chateau ~ Rembrandt

    

   Et donc voilà, cet homme qui ne demandait que Charlotte ( qui, devons-nous le préciser, avait quelques sentiments pour lui que même !!! Rââh les femmes ! ), cet homme malnemé par les circonstances, après tant de désespoir, après tant d'appels à l'aide, après s'être fait rejetté, ou après n'avoir pas eu de réponses à ses appels, ne voit plus qu'une alternative...

   Mourir en apothéose.

 

"Oui, sans doute, je ne suis qu'un voyageur, un pèlerin sur la terre ! Etes-vous donc plus ?"

  

   Le pire, c'est que ce roman s'en est suivi d'une série de suicides, en vrai pour de vrai, similaires à celui du héros trop tourmenté pour cette vie terrestre. Car chacun disait se retrouver dans cet homme, et dans ses malheurs... Sorte d'admiration morbide. Si c'est pas malhereux, ces phénomènes de mode.

   Mais en même temps, ça prouve cette intemporalité de ce Romantisme... Et ça, c'est beau !

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Réelle fiction  (Delicats papyrus) posté le samedi 13 octobre 2007 15:03

Il y a parmi vous quelques écrivains, je le sais... Il doit y avoir également des amateurs de littérature, du moins je l'espère.

En ce cas, je m'adresse à vous présentement car parler de littérature nous allons.

  

La Science-Fiction...

Genre qui se retrouve souvent dénigré, au même titre que la Fantasy d'ailleurs, sous pretexte qu'il se focalise sur des "choses qui n'existent pas". Ce qui intéresse le plus souvent les gens [ arrêtez-moa si je me trompe ], c'est un livre qui retrace la vie quotidienne, les déboires amoureux, les accro du shopping ou je ne sais quoi encore.

  

Si le cinéma a souvent tenté une approche du genre, il n'y a pas beaucoup de chef-d'oeuvre. Pourquoi ? Pourtant, SF signifie vaisseaux spatiaux, explosions, droïdes en tout genre, monde technologique extrèmement poussé et surtout, surtout, un champ vraiment libre puisque ton imagination y est reine. Là-bas, tout est possible. 

Alors pourquoi compte-t-on plus de navets que de bienfaits ? Mystère... Parce que c'est pas les idées qui manquent, au contraire !

En ce qui conserne les romans, c'est différent. Il y a de très bonnes choses, mais il est plus facile de regarder la télé que de prendre son temps pour lire autant de pages, alors on ne s'y attèle pas facilement. 

  

Mais bon... Je pose la question : pourquoi le genre de la science-fiction n'attire pas les masses, ou bien est catalogué comme truc pour les ados ?

      Parce que justement, on nous propose une vision du futur ?

Au contraire, ça devrait intéresser plus de monde alors.

      Ah ben nan, "c'est un futur trop éloigné, trop peu vraissemblable !" "C'est pas la réalité, je préfère me focaliser sur des événements réels."

Ah bon ?!

 

Pourtant, on y arrive, doucement, mais sûrement... Le voyage dans l'espace n'est pas encore sûr, mais on peut maintenant acheter des places pour faire un tour en fusée. Les clones et les bébés-éprouvettes sont choses faites. Avant, les bébés se faisaient dans la paille ! On était loin d'imaginer qu'on pourrait un jour en trouver dans des tubes. Tout le confort éléctronique est bien réel. Les nouvelles voitures au design de fou, roulant avec de l'hydrogène...Il y a quelques d'années encore, on roulait en charrette ! La maîtrise de l'ADN est de plus en plus d'actualité. ( voire chez Girino où on apprend quelques trucs à ce sujet ) Même ya les Frères Bodganovs où je sais plus quoi disent que "Rien n'est impossible !" Et encore, là, je ne parle que de vagues exemples qui sont à notre disposition, nous, pauvres citoyens pas dans le secret.

 

Future City by ~ Xboxpsycho

   

Alors, outre ces détails, c'est cette vision apocalyptique de fond qui nous fait peur ?

C'est cette présentation d'une société complètement folle qui nous effraie ?

    

Pourtant, je reste persuadée que les auteurs de SF ne font qu'insérer les problèmes et les doutes de leur société contemporaine pour donner naissance à leur monde du futur. Ils ne font que les gonfler, ils n'ont fait que leur donner une ampleur démesurée.

     

Mais au final, quand on parle de clones qui prennent le dessus sur les hommes ; quand on intègre une société ultra-contrôlée où la liberté individuelle ne signifie plus rien ; quand on se projette dans un avenir où l'homme est à la recherche d'un monde meilleur sur son vaisseau spatial, rencontrant des extra-terrestres et tout ; quand cette imagination déboule sur une planète remplie à ras-bord de conventions, on ne fait que retranscrire à une échelle plus élevée les problèmes actuels.

{ Des problèmes qui ne sont, pour le moment, et si l'on en croit les médias, qu'à un stade de test, d'essais. Et encore, selon les même médias, ce ne sont pas des problèmes, mais une avancée technologique qui améliorera le quotidien... }

 

Alors pourquoi ne pas s'y fier ? Pourquoi ne devrions-nous pas nous y intéresser ?

Une nouvelle manière de fermer les yeux sur notre dérive ?

  

Je ne dis pas que tout ce que les auteurs ont noté sont des prévisions certaines ; je dis que la plupart du temps, le fond des choses, l'analyse du pourquoi du comment on en est arrivé là, le pessimisme que l'on ressent dans le désespoir humain ou même dans la non-réactivité du genre humain ; tout cela est bien réel. Tout cela se base sur des peurs enfouies de notre inconscient ( voire de notre conscient, ya pas de raison ! ), des craintes, non pas irraisonnées, mais bel et bien justifiées.

Il y a seulement quelques rares personnes qui ont la lueur d'esprit de les voir, de les analyser, et de les retranscrire...

  

  

Pour les plus sceptiques, on en reparlera, (déjà, dans un futur très proche) ensuite, dans quelques années, parce que si on est pas capable de se rendre compte aujourd'hui de ce qui ne va pas, on se dirige obligatoirement vers une société à l'image de la SF.

Sera-t-il alors trop tard pour revenir en arrière ???

Et encore, j'aurais le bon sens de ne pas vous dire que je vous avais prévenu !

 

  

image : Homecoming by OmeN2501

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° Origines °  (Delicats papyrus) posté le mardi 02 octobre 2007 20:35

          Que de bonté, que de bonté...

  

          Que voulez-vous, je ne puis résister à vos yeux suppliants...

  

          Que voulez-vous, Ismaliath est un Maître-Plumier, Samouraï parfois et toujours adorable bibliothécaire immortel qui, non seulement se sert à merveille de plumes et de velin, mais qui a eu le courage, le bon sens et surtout la bonté sans précédent de me confier ce texte, relatant les z'aventures de jeunes mortels.

Il aurait pu en rester là, au stade de créations personnelles jalousement gardées, mais non, il a eu la gentillesse de nous faire partager un peu de sa tête, un peu de ses créations, et en celà je m'incline bien bas. ( enfin, pas trop quand même ! )

  

Si vous ne savez guère de quoi je veux parler, de quoi il a parlé, rendez-vous immédiatement ici afin que vos yeux s'habituent aux Ténèbres des Enfers...

   

Si vous savez parfaitement que signifie cette entrée en matière... Posez avec délicatesse je vous prie, vos pupilles avides sur ces Origines...

 

    ***

     La nuit étendait son voile sur une forêt de France. Un homme, de haute stature, ses cheveux noirs lui coulant sur les épaules se faufilait sans bruit parmi les hautes herbes, à l’affût. Il se nommait Kut. Son travail, en cette année 1329, était chasseur de loups. Une épée rouillée à la main, vêtu de loques, il comptait sur la nuit pour débusquer un de ces fauves. La pluie se mit brusquement à tomber, et Kut se maudit de ne pas avoir prit en compte le temps qu’il ferait. Il aurait pourtant pu le deviner, grâce aux nuages noirs qui s’étaient amoncelés pendant la journée. Mais, tiraillé par la faim, il n’y avait pas fait attention.

 

     Soudain, un hurlement s’éleva, comme une plainte lugubre d’un mourant.  Pas de doute, il allait tomber sur un loup ! Sa fourrure lui permettrait de gagner quelques pièces. Il resserra sa prise sur le manche de son arme et s’approcha discrètement d’une clairière. Là, une scène d’une incroyable douceur et d’une fantastique sauvagerie s’offrit à lui : un loup hurlait à la mort, assis sur un rocher, la gueule dressée vers les étoiles. Son pelage gris-blanc brillait sous la pleine lune, entouré de la pluie et de bruits des branches ployant sous le poids des gouttes d’eau. Kut s’accorda un instant de répit à regarder ce spectacle inouï et s’avança lentement, comme hypnotisé. Tout à coup, sa faim lui déchira à nouveau les entrailles et arracha Kut à sa rêverie. Trop tard : le loup l’avait repéré. Dans un rugissement, il plongea du haut du rocher et se précipita sur Kut, foulant les herbes de ses énormes pattes griffues. En un instant, il fut sur le chasseur qui s’écroula, emporté par l’élan de l’animal. La gueule baveuse garnie de crocs immenses claqua à quelques millimètres de son visage. Kut repoussa le loup d’un coup de poing, ce qui lui laissa le temps de se relever. Il saisit son épée tombée dans l’herbe et frappa le monstre qui revenait à la charge, traçant un sillon sanglant sur la fourrure. La bête rugit de rage et de douleur et se jeta sur le chasseur. Soudain, une flèche lui transperça le poitrail et le prédateur s’écroula, après un râle d’agonie. Hébété, Kut chercha dans les ténèbres son sauveur et repéra bientôt un craquement de branche malgré le bruit de la pluie.

 

-         Montrez-vous ! hurla-t-il, ses cheveux plaqués sur son front.

 

     Un homme sortit de l’ombre, un archer. Il était habillé d’une armure de cuir et sa bouche était cousue. Le chasseur écarquilla les yeux de surprise. Derrière l’archer, un destrier noir quitta le couvert des arbres, monté par un homme en tunique pourpre et en cape bordeaux.

 

-         Qui êtes-vous ? lança Kut, effrayé par les deux hommes.

 

     L’inconnu à cheval rejeta son capuchon en arrière et libéra une chevelure d’un noir de jais et des yeux rouge braise apparurent. Le seigneur du comté ! Abigor ! Le noble déclara d’une voix glaciale :

 

-         Je t’ai sauvé la vie, manant. En échange, je récupère ce loup.

 

     Il fit signe à son archer de prendre le loup qui le chargea sur ses épaules. Kut aurait voulu dire que c’était son seul moyen de survivre que de vendre la peau d la bête, mais il parlait avec un seigneur, et on ne discutait pas leurs ordres. Il regrettait presque que le loup ne l’eût pas tué. Il regarda sans réagir Abigor et son archer disparaître avec la bête, emportant ses espoirs. Il ne lui restait plus qu’une solution : s’engager dans l’armée.

 

     Kut tritura le col de son pourpoint de cuir. Il faisait chaud aujourd’hui et on les conduisait à marche forcée vers Reims, tenue par les Anglais. L’homme observe ses compagnons d’infortune, des crève-la-faim comme lui pour la plupart. Parfois, un cavalier bardé de fer passe entre les rangs au galop et la journée s’étiole ainsi, monotone et dure.

 

     Le lendemain, ils atteignirent Reims. Les généraux les firent tout de suite mettre en ordre de bataille – fantassins, archers, cavaliers, armes de siège – et se préparèrent minutieusement à l’assaut. Les Anglais, bien sûr, les virent arriver et firent donner les archers. Avant même qu’ils soient prêts à combattre, une pluie de flèches s’abattit sur les Français. Kut en réchappa de peu mais trois ou quatre de ses compagnons les plus proches de lui se firent transpercer violemment. Le commandant, fou de rage, ordonna un mouvement de troupe général.

     Tandis que des fantassins armés d’un bélier tentaient de défoncer la grande porte de la ville, d’autres soldats – dont Kut – avançaient lentement, cachés dans des tours de sièges. L’homme resserra nerveusement sa prise sur son épée et essuya la sueur qui lui perlait sur le front. Dans quelques minutes, il serait plongé au cœur de la bataille, lui, pauvre fermier qui n’avait jamais tué personne. Il regarda à travers un trou dans les planches de la tour : les Anglais déversaient des marmites de poix brûlante sur les fantassins qui s’employaient avec le bélier. Il frissonna.

 

     Soudain, un grand tremblement ébranla l’arme de siège et la gigantesque passerelle s’ouvrit, faisant éclater les remparts de pierre. La lumière entra à flots dans la tour et Kut ferma les yeux. Mais l’ennemi leur envoya une volée de flèches. L’homme entendit plusieurs sifflements et un corps lui tomba sur l’épaule dans un râle. Kut hurla de terreur et ouvrit les paupières. Quelques corps gisaient sur le sol, criblés de flèches, d’autres se mettaient à courir sur la passerelle en beuglant et chutaient aussitôt dans le vide, surpris par l’instabilité de l’édifice.

     Kut s’aventura prudemment derrière un soldat armé d’un bouclier. La passerelle grinçait et, au moindre mouvement brusque, elle ployait. Néanmoins, certains réussirent à atteindre les remparts et la mêlée débuta. Le soldat soupira de soulagement lorsqu’il toucha les murs de pierre et tenta de passer inaperçu au milieu des combattants, accroupi. Malheureusement, un adversaire s’avisa de lui et le chargea en hurlant, l’épée brandie au-dessus de sa tête. Kut eût tout juste le temps de lever la sienne que l’Anglais le frappait. Les deux lames se rencontrèrent et tremblèrent lourdement dans les mains de leurs propriétaires. Kut se ressaisit avant son ennemi et lui envoya son pied dans le genou qui se brisa net dans un craquement lugubre. Prenant confiance, d’un bond, le Français se releva et, de toutes ses forces, projeta sa lame dans la mâchoire de son ennemi qui hurlait de douleur. Le choc lui arracha la tête et l’Anglais partit quelques mètres en arrière en vol plané.

 

     C’était le chaos total. Partout, des gens hurlaient, des lames s’entrechoquaient et du sang giclait. Kut resta sonné un moment, indifférent à ce qui l’entourait, le bras tenant une épée à la lame souillée le long de son corps. 

     Tout à coup, la porte vola en éclats et ébranla les remparts. Kut perdit l’équilibre et bascula dans le vide. Il atterrit dans un tas de fumier dans un bruit de succion et s’en dégagea en gémissant de dégoût et de consternation. Un cheval le frôla mais aussitôt, un énorme « bong » retentit et le cavalier en armure s’écrasa près de lui dans la boue. Kut l’aida à se remettre debout, remarquant au passage son plastron cabossée par le choc. Le chevalier remonta la visière de son casque et articula :

 

-Toi !

 

Le cavalier n’était autre qu’Abigor !

 

- Seigneur Abigor ! souffla Kut.

 

- Oui, c’est moi. Et toi ? Qui es-tu ?

 

- Je me nomme Kut, seigneur.

 

- Eh bien Kut, il semblerait que nous soyons dans la même galère. Aides-moi à enlever ce plastron et au combat !

 

     Le soldat dégrafa l’armure d’Abigor qui respira un bon coup et empoigna sa flamberge dégoulinante de sang.

 

- En avant !

 

     Il se précipita sur un Anglais à qui il déchira les entrailles puis, dans un hurlement d’effort, décapita un second adversaire, sans se soucier d’où il allait. Kut le suivait en trottinant, évitant soigneusement les cadavres étalés sur son chemin. Mais bientôt, ils se retrouvèrent encerclés par des soldats en uniformes rouges. Les deux Français se mirent dos à dos et Abigor ricana, cynique :

 

- Je crois que c’est la fin, chasseur.

 

     Kut déglutit difficilement mais garda son épée au creux de sa main gauche. Les Anglais les attaquèrent alors. Noyés sous le nombre, ils se démenaient pourtant comme des lions, frappant au hasard et beuglant des cris de guerres. Plusieurs ennemis tombèrent sous leurs coups, mais Kut entendit un long cri et entre-aperçut Abigor s’écrouler, l’écume aux lèvres, le visage barbouillé de sang, une épée plantée entre les côtes. Ce moment d’inattention lui fit baisser sa garder et un coup précis sous le menton lui fit émettre un gargouillis. Il lâcha son épée qui tomba dans la boue puis porta la main à sa gorge tranchée. Du sang coula et il suffoqua. Dans un dernier mouvement, il rejeta la tête en arrière pour crier, mais aucun son ne sortit d’entre ses lèvres. Il succomba et s’affaissa, les yeux révulsés."

***

 

Cher Ismy, un très bô texte, comme vous commencez à nous habituer désormais...

Je ne cesserais jamais de vous répéter que je suis enchantée de faire votre connaissance. ( Et cela est dit tout en le pensant vraiment !!! dingue...)

Et vous savoir si enclin à danser sur la table me met en joie davantage encore !

Quoi qu'il en soit, mes respects les plus sincères pour vos écrits  ...

  

  

image : The Rage of the Barbarian par REIQ\'s Store

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L'Assassin Royal  (Delicats papyrus) posté le lundi 17 septembre 2007 23:21

Laissez moi revenir et recommencer mon humble avis sur cette nouvelle saga !

 

Alors il y a toujours 12 tomes ( je crois ) ce qui en fait

toujours une "duodecimologie" !

En fait, rien n'est certain à cause d'une suite qui n'était po prévu. Six romans édition française ~ entrecoupés d'un autre cycle ~ suivis de la fin de l'Assassin, en six tomes ( à moins que cela soit sept ? ).

 

* Eclaircissement de voix *

Un jeune garçon, fils de paysan, se voit propulser malgré lui dans la demeure royale ! Sous pretexe qu'il est le fils illégitime du Prince, héritier du trône des Six-Duchés. Forcément, un bâtard dans la Maison du Roi, ça fait désordre. Mais ce n'est pas pour ça qu'on va se démonter ! Le Prince a bien su faire un gosse dans le dos de son épouse, qu'il s'en occupe ! Soit. FitzChevalerie aura le privilège de recevoir une éducation princière : maniement des armes, de l'écriture, les secrets des lettres et de l'Art, ce mystérieux pouvoir de s'infiltrer dans les esprits des gens. Plutôt cool ! Il grandira aux côtés du maître d'écurie, qui lui apprendra l'art de s'occuper des animaux { animaux qui auront une très grande place par la suite. }

Le truc en plus, c'est que Fitzounet se voit offrir une sorte de vie parallèle, aux côtés d'un vieux bonhomme... Il lui enseignera alors comment tuer un mec discrêtement, rapidement et avec des ingrédients de la vie quotidienne... Ooooooh. Ben vi, parce que le Roi a décidé de faire de lui son assassin personnel !

 D'où le titre !

D'où le point de départ...

   

Première planche de la BD à venir...

  

 

Alors oui, au début, il se peut que l'on ait du mal à se plonger dans cet univers aux noms singuliers ; et il se peut que le héros nous tape sur le système à force de subir au lieu d'agir.

Mais au bout d'un moment, ces petits désagréments qui n'en sont pas vraiment, sont vite dépassés par le talent d'écriture, la force qui habite ce récit.

 

Miss Eronrouge nous demanda un jour si on avait déjà eu l'impression que les personnages continuaient leur quête sans nous, ce qui nous poussait à lire encore et encore pour ne pas les laisser s'échapper. Aujourd'hui, je peux affirmer en ayant une idée précise de ce phénomène. Une envie de lecture qui dépasse le besoin de savoir ce qui se trame dans les Six-Duchés. Une envie de lecture poussée par le plaisir de se retrouver aux côtés du jeune Fitz et compagnie. (vouais, surtout sa compagnie !)

 

Parce que son parcours initiatique est de loin celui qui m'a le plus accroché jusque là. On côtoie enfin un héros qui ne veut pas de son Destin, un jeune garçon devenu trop tôt homme, avec sa force et ses faiblesses. Un héros qui n'est pas parfait, qui fait beaucoup d'erreurs, bref, un humain !

  

Je parlais de sentiments forts tout à l'heure. C'est le moins que l'on puisse dire. Il souffre beaucoup, autant moralement que physiquement ( d'ailleurs dire qu'il s'en prend la gueule est une bien faible expression ) et nous aussi. Chose rare : des pans de son récit ont bien failli me tirer la larmichette de l'oeil !

Les relations qui unissent les personnages sont tellement intenses ! Les seconds rôles sont tellement travaillés, mystérieux ( le Fou, le Roi-Servant Vérité  ) qu'on arriverait presque à vouloir que le roman s'occupe de leur histoire. Mais en même temps, que serait Fitz sans leurs histoires à eux ? Rien, je vous le dis ma bonne dame !

 

Je serais incapable de vous offrir les extraits qui m'ont émue au plus haut point car ils se tiennent sur deux lignes, et qui, arrachés du contexte ne signifieraient plus rien.

Sachez seulement que ce sont pareils moments qui font la beauté du roman, puissamment tragique ou sauvagement poétique. Brefs, mais intenses, que seule une préparation lente et insoupçonnée peut vous offrir.

 

 

Si je vous disais : si vous ne devez en lire qu'un, lisez celui-là, vous me croiriez ?

 Non, certainement pas, parce que cette expression est utilisée à tord et à travers, et pourtant, je ne sais qu'ajouter d'autre. Alors je me tais, et vous laisse, je l'espère, avec une curiosité pour ce cycle où se cotoient amours et mépris, états d'âme et magies, manipulations et complots, devoirs et passions, mythes sauveurs et réalité belliqueuse...

  

  

Le cycle de l'Assassin Royal !

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